Not speaking one's mother tongue. Living with resonances and reasoning that are cut off from the body's nocturnal memory, from the bittersweet slumber of childhood. Bearing within oneself like a secret vault, or like a handicapped child -- cherished and useless -- that language of the past that withers without ever leaving you. You improve your ability with another instrument, as one expresses oneself with algebra or the violin. You can become a virtuoso with this new device that moreover gives you a new body, just as artificial and sublimated -- some say sublime. You have a feeling that the new language is a resurrection: new skin, new sex. But the illusion bursts when you hear, upon listening or a recording, for instance, that the melody of your voice comes back to you as a peculiar sound, out of nowhere, close to the old spluttering than to today's code. Your awkwardness has its charm, they say, it is even erotic, according to womenizers, not to be outdone. No one points out your mistakes, so as not to hurt your feelings, and then there are so many, and after all they don't give a damn. One nevertheless lets you know that it is irritating just the same. Occasionally, raising the eye-brows or saying "I beg your pardon?" in quick succession lead you to understand that you will "never be a part of it", that is "is not worth it", that there, at least, one is "not taken in". Being fooled is not what happens to you either. At the most, you are willing to go along, ready for all paprenticeships, at all ages, in order to reach -- within that speech of others, imagined as being perfectly assimilated, some day -- who knows what ideal, beyond the implicit acknowledgment of a disappointment caused by the origin that did not keep its promise.
Thus, between two languages, your realm is silence. By dint of saying things in various ways, one just as trite as the other, just as approximate, one ends up no longer saying them. An internationally known scholar was ironical about his famous polyglotism, saying that he spoke Russian in fifteen languages. As for me I had the feeling that he rejected speech and his slack silence led him, at times, to sing and give rhythm to chanted poems, just in order to say something.
When Holderlin became absorbed by Greek (before going back to the sources of German), he dramatically expressed the anesthesia of the persona that is snatched up by a foreign language: "A sign, such are we, and of no meaning / Dead to all suffering, and we have almost / Lost our language in a foreign land" (Mnemosyne).
Stuck within that polymorphic mutism, the foreigner can, instead of saying, attempt doing -- house-cleaning, playing tennis, soccer, sailing, sewing, horseback riding, jogging, getting pregnant, what have you. It reminds an expenditure, it expends, and it propagates silence even more. Who listens to you? At the most, you are being tolerated. Anyway, do you really want to speak?
Why then did you cut off the maternal source of words? What did you dream up concerning those new people you spoke to in an artificial language, a prosthesis? From your standpoint, were they idealized or scorned? Come, now! Silence has not only been forced upon you, it is within you: a refusal to speak, a fitful sleep riven to an anguish that wants to remain mute, the private property of your proud and mortified discretion, that silence is a harsh light. Nothing to say, nothingness, no one on the horizon. An impervious fullness: cold diamond, secret treasury, carefully protected, out of reach. Saying nothing, nothing needs to be said, nothing can be said. At first, it was a cold war with those of the new idiom, deired and rejecting; then the new language covered you as might a slow tide, a neap tide. It is not the silence of anger that jostles words at the edge of the idea and the mouth; rather, it is the silence that empties the minds and fills the brain with despondency, like the gaze of sorrowful women coiled up in some non-existant eternity.
dimanche 26 septembre 2010
vendredi 24 septembre 2010
Des détails et des moins détails
Aujourd'hui, il a fait plus frais à Lisbonne. 24°c à la mi-septembre et tac, on sort les écharpes.
Mais ça, c'est vite passé pour un détail.
Parce qu'aujourd'hui, on m'a dit qu'au Brésil, certaines personnes appellent leurs enfants Madeinusa. Je vous le donne en mille "Made in USA". Ils sont partout ces yankees... J'ai repensé au jeune malheureux prénommé Usnavy (US Navy) par sa mère, charmée par les bateaux de la marine américaine.
Mais ça aussi, ce n'est qu'un détail finalement.
Nan parce que, sérieusement, aujourd'hui on m'a apostrophée au travail pour me dire que j'étais trop sensible.
Que les choses soient claires, ce garçon ne me connaît pas. On ne sort pas, ne déjeune pas, ne boit ni ne fume ensemble. C'est tout juste si je lui ai prêté 50 centimes pour un café. Et pourtant.
Il a vite ajouté que je devrais être plus "vicieuse". Ne comprenant pas ce jargon et le devoir m'appelant (sauvée par le gong), j'ai eu quelques minutes bénites de sursis. Mais ce ne devait décidément pas rester un détail, ça, aujourd'hui, car il travaillait à mes cotés.
Un peu plus tard, entre deux appels, la nouvelle tombe par papiers interposés "Tu es trop sensible, cela te portera préjudice". Première nouvelle. Je ne m'attendais pas à retrouver Paco Rabanne dans un call center.
Et moi de répondre, presque bonne enfant: "Donne-moi un exemple concret". Qu'est-ce que je ne suis pas aller dire?! Un exemple de ma sensibilité, j'entendais.
"Plus tard, ton mari va te la mettre bien profonde". J'étais si abasourdie par le verdict final, que j'ai fait 2 ventes coup sur coup en apnée sans même m'en rendre compte. Je n'ai même pas cherché à comprendre. Je me suis dit qu'il ne pouvait pas y avoir plus concret que ça.
Voyez bien que c'était bel et bien un jour important aujourd'hui, j'ai appris que mon mari me la mettrais bien profonde car je suis trop sensible.
Il faut décidément de TOUS pour faire un monde.
Mais ça, c'est vite passé pour un détail.
Parce qu'aujourd'hui, on m'a dit qu'au Brésil, certaines personnes appellent leurs enfants Madeinusa. Je vous le donne en mille "Made in USA". Ils sont partout ces yankees... J'ai repensé au jeune malheureux prénommé Usnavy (US Navy) par sa mère, charmée par les bateaux de la marine américaine.
Mais ça aussi, ce n'est qu'un détail finalement.
Nan parce que, sérieusement, aujourd'hui on m'a apostrophée au travail pour me dire que j'étais trop sensible.
Que les choses soient claires, ce garçon ne me connaît pas. On ne sort pas, ne déjeune pas, ne boit ni ne fume ensemble. C'est tout juste si je lui ai prêté 50 centimes pour un café. Et pourtant.
Il a vite ajouté que je devrais être plus "vicieuse". Ne comprenant pas ce jargon et le devoir m'appelant (sauvée par le gong), j'ai eu quelques minutes bénites de sursis. Mais ce ne devait décidément pas rester un détail, ça, aujourd'hui, car il travaillait à mes cotés.
Un peu plus tard, entre deux appels, la nouvelle tombe par papiers interposés "Tu es trop sensible, cela te portera préjudice". Première nouvelle. Je ne m'attendais pas à retrouver Paco Rabanne dans un call center.
Et moi de répondre, presque bonne enfant: "Donne-moi un exemple concret". Qu'est-ce que je ne suis pas aller dire?! Un exemple de ma sensibilité, j'entendais.
"Plus tard, ton mari va te la mettre bien profonde". J'étais si abasourdie par le verdict final, que j'ai fait 2 ventes coup sur coup en apnée sans même m'en rendre compte. Je n'ai même pas cherché à comprendre. Je me suis dit qu'il ne pouvait pas y avoir plus concret que ça.
Voyez bien que c'était bel et bien un jour important aujourd'hui, j'ai appris que mon mari me la mettrais bien profonde car je suis trop sensible.
Il faut décidément de TOUS pour faire un monde.
jeudi 23 septembre 2010
A. et ses crayons fantastiques
A. est un homme solitaire. Ca se voit. Son regard, son attitude, tout le montrait mais comme à mon habitude, je n'ai pas sû voir. Ou peut être que si. Peut être que j'ai vu mais je n'ai pas voulu. Assez de moi.
A. fait des miracles avec ses mains. Ses mains froides dessinent ou plutôt courent sur le papier, tracent en quelques secondes ce que nos yeux mettent parfois plus d'une vie à graver. Talentueux dans son art, la quarantaine, célibataire, il vit chez sa mère et ère dans la vie entre vieux démons, rêves d'ailleurs et un quotidien qui le ronge. Il a prit perpèt. Enfin ça y ressemble, cela fait 5 ans qu'il travaille dans un centre d'appels, un fameux « call center ». Il pourrait faire des bandes dessinées, illustrer des revues, faire des caricatures d'hommes politique dans un journal célèbre, restaurer les murs en céramique d'un édifice, mais non. Il appelle. Et pendant qu'il appelle, il appelle aussi au secours sur ses petits papiers, sur ses serviettes en papier.
Il a un regard qui tue, les célèbres yeux revolver. La première fois que je l'ai vu, assis sur les marches dans le couloir, la tête entre les mains, l'air sérieux presque renfrogné, j'ai senti son regard me détailler et j'ai pensé que je le trouvais désagréable. Eh bien, j'aurai dû y penser à deux fois. Jour après jour, nous nous sommes liés d'amitié. Nous nous cherchions pendant les pauses, sans oser nous l'avouer. Presque malgré nous, nous terminions toujours par nous retrouver l'un à coté de l'autre, dans le couloir, sur une marche, à la cafétéria; et même pour 10 minutes, nous savourions chaque instant avant de retourner à nos postes à regrets, entre deux idées, deux phrases inachevées et nos regards en suspend. Il dessinait pour moi: un puis deux puis trois dessins...une petite fille, un loup, un père Noël, un paysage. Je lui disais « merci beaucoup » bien poliment en rougissant à chaque fois. Tout prétexte était bon pour nous regarder, nous sourire ou nous parler. Nos yeux, nos bouches et même nos peaux se cherchaient. Je ne voyais que lui quand j'arrivais le matin. Il n'avait d'yeux que pour moi.
Et puis finalement nous sommes convenus innocemment d'une sortie, après les vacances de fin d'année, quand je reviendrais. J'avais bien vu la petite ombre sur son visage lorsque j'ai mentionné que je partais. Mais je suis revenue. Je suis revenue. Et quelle importance, tout compte fait? Le résultat est le même, j'aurai pu ne pas revenir, ne jamais partir, ne jamais lui parler ou chiffonner ses dessins.
Une sortie, puis deux puis trois. C'était magique, il me faisait découvrir ses coins. J'étais de nouveau sans travail, lui bossait toute la semaine. Nous nous retrouvions les samedis ou dimanches au bord de la mer. Il venait me chercher au bus et m'enmenait par les chemins. Nous riions à en pleurer, j'étais plus maladroite que jamais, je m'enfonçais dans les marres de boue, je me faisais manger par les vagues gelées, il riait. Il scrutait mon visage et je ne faisais que ça, crever d'envie qu'il m'embrasse. Il corrigeait mon portugais, je corrigeais son français, nous nous corrigions mutuellement en anglais. Il me faisait rire en espagnol.
Et puis un jour, entre la boue et l'eau salée, après quelques tentatives vaines car j'avais pris la fuite plusieurs fois, il m'a fait asseoir sur un banc au bord de la route, a pris mon visage entre ses mains froides et m'a embrassée. Je tremble presque quand j'y repense. Pas autant qu'à ce moment-là où j'ai bien dû me transformer en une petite poupée toute rose d'émotion.
Il me disait que je lui faisais du bien, qu'il m'adorait, on s'envoyait un petit message tous les jours. Il m'écrivait des poèmes, me parlait de ses amours, vantait ses prouesses passées de jeune homme. Mais il n'avait pas besoin de me convaincre, je devinais bien qu'il en avait dû briser, des coeurs. J'avais un peu peur parfois. Trop d'hommes se vantent de leurs conquêtes, c'est énervant, c'est inutile et ça ne présage rien de bon. Je restais patiente, silencieuse, souriante, j'attendais que ça lui passe. Qu'il comprenne qu'il m'avait pour lui, que je n'avais pas besoin de preuves. J'attribuais ça à son insécurité à cause de son âge. Il était complexé, il le cachait mal. Il répétait qu'il était vieux, comment pouvais-je aimer être avec un vieux comme lui? Ça m'agaçait mais je ne lui en voulais pas.
Pourquoi vivre tant de bons moments si c'est pour les balayer du jour au lendemain? Je ne comprendrai jamais l'absurdité de l'amour qui meurt, sans prévenir, sans guérir. Ça ne guérit pas. Et maintenant, A. n'est plus qui il était. Maintenant l'image que j'avais de lui est abîmée et j'aurai voulu la conserver intacte. Comment croire qu'il n'a pas juste joué avec moi? « Tu me fais du bien »...et à moi? Qu'est-ce que tu me fais en retour? Du mal? Ses démons l'ont tourmenté, il voulait être seul et maintenant notre relation est pourrie, incertaine, vague, nauséabonde...je lui souris, je le déteste, il me regarde et je l'exaspère. On ne se trouve plus. On s'est perdus. Je voudrais revenir en arrière, rembobiner. Je le vois tous les jours et je l'évite. Je ne sais même plus si l'éviter vraiment ou le serrer dans mes bras. Il m'envoie des mots ambigus, il ne sait pas lui-même, ou peut être est-ce très clair mais je ne vois que ce que je veux y voir. Comment les choses pourraient-elles seulement s'arranger? Dois-je feindre de ne pas être touchée? De ne rien sentir?...
Retourne à tes crayons de pacotille, tes dessins de papier, tes appels au secours, tes rires aux larmes et tes bouches-dégoût. J'ai décidé de me taire, petit poète aux mains glacées. Je ne veux pas que mon coeur parle parce qu'il est têtu et j'ai déjà, maintes fois, vu où il me menait. Je n'irai plus.
A. fait des miracles avec ses mains. Ses mains froides dessinent ou plutôt courent sur le papier, tracent en quelques secondes ce que nos yeux mettent parfois plus d'une vie à graver. Talentueux dans son art, la quarantaine, célibataire, il vit chez sa mère et ère dans la vie entre vieux démons, rêves d'ailleurs et un quotidien qui le ronge. Il a prit perpèt. Enfin ça y ressemble, cela fait 5 ans qu'il travaille dans un centre d'appels, un fameux « call center ». Il pourrait faire des bandes dessinées, illustrer des revues, faire des caricatures d'hommes politique dans un journal célèbre, restaurer les murs en céramique d'un édifice, mais non. Il appelle. Et pendant qu'il appelle, il appelle aussi au secours sur ses petits papiers, sur ses serviettes en papier.
Il a un regard qui tue, les célèbres yeux revolver. La première fois que je l'ai vu, assis sur les marches dans le couloir, la tête entre les mains, l'air sérieux presque renfrogné, j'ai senti son regard me détailler et j'ai pensé que je le trouvais désagréable. Eh bien, j'aurai dû y penser à deux fois. Jour après jour, nous nous sommes liés d'amitié. Nous nous cherchions pendant les pauses, sans oser nous l'avouer. Presque malgré nous, nous terminions toujours par nous retrouver l'un à coté de l'autre, dans le couloir, sur une marche, à la cafétéria; et même pour 10 minutes, nous savourions chaque instant avant de retourner à nos postes à regrets, entre deux idées, deux phrases inachevées et nos regards en suspend. Il dessinait pour moi: un puis deux puis trois dessins...une petite fille, un loup, un père Noël, un paysage. Je lui disais « merci beaucoup » bien poliment en rougissant à chaque fois. Tout prétexte était bon pour nous regarder, nous sourire ou nous parler. Nos yeux, nos bouches et même nos peaux se cherchaient. Je ne voyais que lui quand j'arrivais le matin. Il n'avait d'yeux que pour moi.
Et puis finalement nous sommes convenus innocemment d'une sortie, après les vacances de fin d'année, quand je reviendrais. J'avais bien vu la petite ombre sur son visage lorsque j'ai mentionné que je partais. Mais je suis revenue. Je suis revenue. Et quelle importance, tout compte fait? Le résultat est le même, j'aurai pu ne pas revenir, ne jamais partir, ne jamais lui parler ou chiffonner ses dessins.
Une sortie, puis deux puis trois. C'était magique, il me faisait découvrir ses coins. J'étais de nouveau sans travail, lui bossait toute la semaine. Nous nous retrouvions les samedis ou dimanches au bord de la mer. Il venait me chercher au bus et m'enmenait par les chemins. Nous riions à en pleurer, j'étais plus maladroite que jamais, je m'enfonçais dans les marres de boue, je me faisais manger par les vagues gelées, il riait. Il scrutait mon visage et je ne faisais que ça, crever d'envie qu'il m'embrasse. Il corrigeait mon portugais, je corrigeais son français, nous nous corrigions mutuellement en anglais. Il me faisait rire en espagnol.
Et puis un jour, entre la boue et l'eau salée, après quelques tentatives vaines car j'avais pris la fuite plusieurs fois, il m'a fait asseoir sur un banc au bord de la route, a pris mon visage entre ses mains froides et m'a embrassée. Je tremble presque quand j'y repense. Pas autant qu'à ce moment-là où j'ai bien dû me transformer en une petite poupée toute rose d'émotion.
Il me disait que je lui faisais du bien, qu'il m'adorait, on s'envoyait un petit message tous les jours. Il m'écrivait des poèmes, me parlait de ses amours, vantait ses prouesses passées de jeune homme. Mais il n'avait pas besoin de me convaincre, je devinais bien qu'il en avait dû briser, des coeurs. J'avais un peu peur parfois. Trop d'hommes se vantent de leurs conquêtes, c'est énervant, c'est inutile et ça ne présage rien de bon. Je restais patiente, silencieuse, souriante, j'attendais que ça lui passe. Qu'il comprenne qu'il m'avait pour lui, que je n'avais pas besoin de preuves. J'attribuais ça à son insécurité à cause de son âge. Il était complexé, il le cachait mal. Il répétait qu'il était vieux, comment pouvais-je aimer être avec un vieux comme lui? Ça m'agaçait mais je ne lui en voulais pas.
Pourquoi vivre tant de bons moments si c'est pour les balayer du jour au lendemain? Je ne comprendrai jamais l'absurdité de l'amour qui meurt, sans prévenir, sans guérir. Ça ne guérit pas. Et maintenant, A. n'est plus qui il était. Maintenant l'image que j'avais de lui est abîmée et j'aurai voulu la conserver intacte. Comment croire qu'il n'a pas juste joué avec moi? « Tu me fais du bien »...et à moi? Qu'est-ce que tu me fais en retour? Du mal? Ses démons l'ont tourmenté, il voulait être seul et maintenant notre relation est pourrie, incertaine, vague, nauséabonde...je lui souris, je le déteste, il me regarde et je l'exaspère. On ne se trouve plus. On s'est perdus. Je voudrais revenir en arrière, rembobiner. Je le vois tous les jours et je l'évite. Je ne sais même plus si l'éviter vraiment ou le serrer dans mes bras. Il m'envoie des mots ambigus, il ne sait pas lui-même, ou peut être est-ce très clair mais je ne vois que ce que je veux y voir. Comment les choses pourraient-elles seulement s'arranger? Dois-je feindre de ne pas être touchée? De ne rien sentir?...
Retourne à tes crayons de pacotille, tes dessins de papier, tes appels au secours, tes rires aux larmes et tes bouches-dégoût. J'ai décidé de me taire, petit poète aux mains glacées. Je ne veux pas que mon coeur parle parce qu'il est têtu et j'ai déjà, maintes fois, vu où il me menait. Je n'irai plus.
Le silence du cowboy
Pied au plancher, c'est comme ça qu'il aime traverser Lisbonne Le Luigi. Faire gronder les 500 chevaux de sa belle BMW clean impeccable. Il réussit, il le montre. Jeune ingénieur en informatique. 26 ans à peine. Classe de salsa tous les jeudis avec sa petite-amie. BMW.
Photographe d'évènements à ses heures libres, c'est la classe et ça fait un petit extra pour les fins de semaine. Ses belles photos pour toute déco dans le salon, choisies par lui. Il les montre. La rosée sur une feuille, un coucher de soleil, un robinet qui coule. Il les a tirées sur un Mac 17 pouces flambant neuf, bien sûr. BMW.
La moitié de son dîner dans la poubelle le soir et une personne qui crève de faim chaque seconde dans le monde. Il lui faut exactement 4 secondes pour ouvrir la poubelle et vider son assiette dedans. 4 morts. Riz aux fruits de mer, 4 morts. Pommes de terre aux four et pilons de poulet grillés, 4 morts. Filet de Morue à la sauce blanche aux champignons, 4 morts. Tiens, deux oranges et trois pommes laissées là, à pourrir. Il le montre. BMW.
Mais attention, il ne rigole pas Le Luigi quand même. Il faut faire les choses bien. Il y a une manière de nettoyer les vitres, une. Une manière de récurer les chiottes, une. Une aussi, bien spéciale, pour faire briller la baignoire. Il ne le fait pas mais il le sait au moins, et ça c'est important. Il part souvent le week-end, faire galoper ses chevaux et cliquer son Nikkon. Quand il revient, il aime que tout soit propre. Il le fera remarquer si ça ne l'est pas. Il inspectera. Il ne faut pas rayer les vitres, une manière, une. Attention à la BM, tu vas la rayer. Si tu rayes sa table, tu la payes, attention. Les choses ont de la valeur quand même. Il a des choses de valeur, il le montre. BMW.
Déjà 4 morts ce soir dans la cuisine. Toi, si tu manges des pâtes ou une salade au dîner, tu n'es pas normale. Et puis de toute façon, tu ne l'es pas, normale (tu finis ton plat, toi). Tu es si mince que tes cuisses ne se touchent pas, c'est pas normal. Tu es anorexique ou quoi? Le Luigi, lui, il est normal, sa petite-amie est normale, il a une vie normale et il réussit. Donc il le montre. Normal. BMW.
Mais je le pardonne, moi, Luigi, parce que depuis que je le connais, il n'a jamais parlé de sa maman, jamais même prononcé ce mot. Et ça, ça ne l'est pas...normal.
Photographe d'évènements à ses heures libres, c'est la classe et ça fait un petit extra pour les fins de semaine. Ses belles photos pour toute déco dans le salon, choisies par lui. Il les montre. La rosée sur une feuille, un coucher de soleil, un robinet qui coule. Il les a tirées sur un Mac 17 pouces flambant neuf, bien sûr. BMW.
La moitié de son dîner dans la poubelle le soir et une personne qui crève de faim chaque seconde dans le monde. Il lui faut exactement 4 secondes pour ouvrir la poubelle et vider son assiette dedans. 4 morts. Riz aux fruits de mer, 4 morts. Pommes de terre aux four et pilons de poulet grillés, 4 morts. Filet de Morue à la sauce blanche aux champignons, 4 morts. Tiens, deux oranges et trois pommes laissées là, à pourrir. Il le montre. BMW.
Mais attention, il ne rigole pas Le Luigi quand même. Il faut faire les choses bien. Il y a une manière de nettoyer les vitres, une. Une manière de récurer les chiottes, une. Une aussi, bien spéciale, pour faire briller la baignoire. Il ne le fait pas mais il le sait au moins, et ça c'est important. Il part souvent le week-end, faire galoper ses chevaux et cliquer son Nikkon. Quand il revient, il aime que tout soit propre. Il le fera remarquer si ça ne l'est pas. Il inspectera. Il ne faut pas rayer les vitres, une manière, une. Attention à la BM, tu vas la rayer. Si tu rayes sa table, tu la payes, attention. Les choses ont de la valeur quand même. Il a des choses de valeur, il le montre. BMW.
Déjà 4 morts ce soir dans la cuisine. Toi, si tu manges des pâtes ou une salade au dîner, tu n'es pas normale. Et puis de toute façon, tu ne l'es pas, normale (tu finis ton plat, toi). Tu es si mince que tes cuisses ne se touchent pas, c'est pas normal. Tu es anorexique ou quoi? Le Luigi, lui, il est normal, sa petite-amie est normale, il a une vie normale et il réussit. Donc il le montre. Normal. BMW.
Mais je le pardonne, moi, Luigi, parce que depuis que je le connais, il n'a jamais parlé de sa maman, jamais même prononcé ce mot. Et ça, ça ne l'est pas...normal.
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